29 septembre 2016

Chronique... Partie 4

Suite....

 

 

Bell Journ

 

 

Chapitre II





Anecdotes un peu comiques en Bretagne.









Un soir, son époux rentra agitant fièrement  un sac qu’il lui avait tendu, expliquant, sur un ton qui n'admettait aucune réplique, ses desiderata :

- Tiens ! Des betteraves rouges. C’est un de mes clients qui me les a données ! Je suis passé pour lui donner sa facture... Bon, il ne me l'a pas payée, une de ses vaches venant de " vêler ": le véto a dû se déplacer... Oui, il tient une ferme… comme je lui disais que j'aimais les betteraves, il m’a répondu, prends-en, allez ! Alors en voilà, fais-les cuire. Et si tu ne sais pas… ben, débrouille-toi ! Cela ne doit pas être très sorcier. Tu me les fais pour demain, j'y compte... Depuis le temps que j’en ai envie !



Pour sûr ! Facile à dire pour un homme qui n'avait qu'à exiger pour être servi. Claudine n’en avait jamais fait cuire. Dans de tels moments, elle maudissait l’absence de patience de sa mère autant que les lacunes de son éducation. Elle n’avait à vrai dire jamais cuisiné : sa mère n’avait pas eu la bonté de lui servir de professeur : pour tout dire elle ne s'intéressait à rien de sa vie. Elle se contentait, puisqu’elle existait, de lui assurer une existence matérielle. Son rôle s’arrêtait à cela : donner un toit à sa fille, un minimum d'éducation, la nourrir et pour le reste, à la grâce de Dieu, comme disaient les "anciens".

A présent, Claudine se trouvait dans ce rôle difficile de maîtresse de maison, totalement inexpérimentée, incompétente. Mais bon, avec un brin de raisonnement et un zeste de bon sens elle allait certainement s’en sortir : après tout, ce n’étaient que des tubercules qui devaient, même si elles étaient plus fermes, se cuisiner comme d’autres, des patates par exemple. Rassurée par sa cogitation, elle prit un faitout, le remplit d’eau salée, y ajouta ses betteraves, une pincée de sel, posa l’ensemble sur le réchaud à gaz deux feux en prévoyant seulement davantage de temps de cuisson que pour de simples pommes de terre. C’est très ferme, une betterave, se dit-elle comme pour se rassurer...

Ils s’étaient mis à table. Lorsque l’eau vint à ébullition, Claudine ralentit la flamme sous le récipient : la cuisson allait se faire doucement pendant leur repas. Ils devisèrent un peu, elle débarrassa, rangea la cuisine cependant que son époux préparait l’emploi du temps du lendemain. L’heure du coucher venue, ils avaient carrément oublié l’existence même de son plat, toujours sur le feu. Ils ne possédaient pas la télévision, leurs soirées finissaient, donc, invariablement selon le même rituel : l’accomplissement du devoir conjugal, puis le sommeil dit réparateur. Ce soir-là, tout se déroula comme d’ordinaire : son seigneur et maître réclama son dû. Elle, pour sa tranquillité, le lui offrit sans rechigner en fermant les yeux, constatant une fois de plus qu’il se souciait vraiment peu de son plaisir, encore moins de ses aspirations profondes : elle n’osait d’ailleurs pas les formuler, ce n’était pas dans son éducation de le concevoir ainsi. Elle s’obligea à réfléchir positivement, en vain.

Sa pensée revenait inéluctablement sur cette question silencieuse, lancinante : n'est-ce que cela faire l'amour ? Et d'autres du même acabit : je croyais pourtant avoir entendu dire que cet acte procurait du plaisir ? Pourquoi ne suis-je pas satisfaite ? Suis-je anormalement constituée ? Elle était certaine que lorsqu’elle serait enceinte, elle assurerait au mieux leur devenir et qu’elle parviendrait à modifier leur vie (plus précisément la sienne), que peut-être cela changerait ses réactions durant leurs actes sexuels. Comblé, son mari s’endormit. Peu après, elle fit enfin de même.

Au milieu de la nuit, tous deux se réveillèrent secoués de fortes quintes de toux ; en ouvrant les yeux, étonnés, ils se découvrirent enrobés d’un voile de fumée opaque, un peu comme lorsqu’il y a un incendie. Qu’est-ce que c’était ? Qu’arrivait-il ? Quelques secondes d’étonnement inquiet les figèrent, puis elle, elle… oh bon sang, elle comprit. Zut, Zut ! Elle avait oublié ses betteraves sur le gaz ! C’était cela sans nul doute. Quelle catastrophe. 

Elle avait formulé à voix haute ses pensées, donc, aussitôt le mari s’empara de suite de la révélation de son erreur, de son imprudence l’invectivant de belle manière. Enfin, il serait plus judicieux de dire qu’il tenta de le faire, car, entre deux quintes de toux, pestant autant qu’elle d’ailleurs sous l’effet de la fumée de plus en plus intense au fur et à mesure qu’ils s’approchaient du foyer de nuisance, ils jurait autant qu’il le pouvait. Ils durent traverser le vestibule péniblement pour ouvrir la porte de la cuisine (les deux pièces principales étaient séparées par un palier où aboutissait l’escalier venant du rez-de-chaussée). En y pénétrant, ils suffoquèrent carrément.

Une horrible odeur de brûlé leur arriva aux narines agressant leur gorge ; ils toussèrent davantage encore. Claudine agitait les mains en tous sens, avec des gestes ridicules, comme si elle avait voulu ou pu écarter, dissiper le nuage. Puis elle s’était rapidement approchée du réchaud et avait fermé le gaz. Entre temps, Maurice avait ouvert tout en grand la fenêtre faisant de même avec les portes de communications. Le nuage agressif se dissipa alors lentement. Une seconde atterrée, la jeune femme put constater l’étendue des dégâts mais, l'instant d'après, devant le spectacle incongru que ses talents de cuisinière ratée avaient provoqué, un fou rire incontrôlable la submergea ! Dans la casserole, les tubercules ressemblaient maintenant à de ridicules cerises noires, toutes petites, carbonisées, collées au fond de quelque chose de rond, qui avait dû être, dans le temps jadis, le fond d'une cocotte. Elle riait, riait. la situation tenait franchement du comique ! Elle était consternée, certes, mais de se repasser le film de leur réveil avec leurs gestes stupides dans la fumée qu’ils prenaient pour du brouillard, tout l’avait conduite à ce constat. A présent elle reluquait les résidus de betteraves, le noir, ce brûlé. Elle riait encore nerveusement, bêtement. Tout était foutu : ça c’était beaucoup moins drôle.

Elle mit l'ensemble à la poubelle. Son compagnon, remis de ses émotions, lui asséna d’emblée une pluie de reproches.

  1. - Bon sang, faut-il que tu sois nulle pour faire ce genre de connerie ! Je n’y crois pas. Tu n’es même pas capable de faire cuire deux betteraves rouges sans risquer de nous asphyxier.

 
Les réflexions et les critiques avaient continué frisant la querelle : sa véhémence n’avait d’égal que sa mauvaise foi. Il ne faisait rien à la maison, ne tentait pas non plus de l’aider dans son difficile apprentissage de la vie quand, en fait, elle n’avait que l’âge de l’insouciance.

Se faire enguirlander ainsi, pour si peu et avec autant de virulence, lui fit de la peine : dans la vie, se disait-elle, seuls les inactifs ne commettent pas d’erreur. Ce n’était pas la fin du monde quand même...

Mais cette fois encore elle n’osa pas l’affronter parce que cela aurait été la source d’un conflit supplémentaire ; elle craignait considérablement les scènes violentes, semblables à celles dont elle avait été le témoin entre sa mère et ses amants de jadis.

Elle baissa la tête, telle une enfant fautive, nettoya énergiquement son matériel sans plus rien ajouter. Quand ils eurent terminé, que les pièces furent suffisamment aérées, ils retournèrent se coucher. Le mari boudait ferme : il lui tourna le dos sans dire un mot ce qui ne la dérangea pas le moins du monde.

Jamais elle n’avait pu oublier ce premier essai culinaire : elle en retira la leçon et commença sa formation en acquérant un livre de recettes. Malgré la hargne dont il fit preuve envers elle au cours des premières années du mariage, ils se remémorèrent souvent cette scène, avec tout le désopilant de la situation, riant à l'unisson.



La conclusion qui s’était imposée à elle impliquait une réaction immédiate : il fallait qu’elle apprenne tout très vite si elle ne voulait pas s’attirer les foudres de cet homme, à chaque instant de sa vie. Pleine de bonne volonté, très amoureuse, elle désirait ardemment réussir son couple. Ces règles-là, et quelques autres du même type, brinquebalantes, s’instaurèrent peu à peu, fondations de leur nouvelle existence.



Claudine, avec son passé difficile, était relativement handicapée pour gérer son quotidien : elle ne savait rien faire à part mettre des épingles nourrices à ses culottes quand l’élastique en était cassée (astuce maternelle de dépannage). Dans ces conditions, comment allait-elle s’y prendre pour donner satisfaction à ce mari exigeant ? Réussiraient-ils à être aussi heureux qu'elle l'avait désiré ?





*



Camping sauvage





Au cours de ses tribulations, Maurice avait fait la connaissance un jeune couple, originaires d'Anjou, qui tenait une station service- café, bien avant la sortie du village : il s'était lié d'amitié avec eux. Maintes fois, ils lui avaient fait savoir que leur famille serait ravie de le recevoir dans leur propriété viticole, accompagné de sa femme. L'idée avait fait son chemin. Ils en discutèrent ensemble lors d’une rencontre en admettant que ce serait l’occasion d’un voyage agréable, à quatre. Ils bloquèrent une date et les deux couples prirent la route de l'Anjou par une belle journée d’été.

Notre jeune couple ne pouvaient pas se permettre de loger à l'hôtel. Ils avaient donc simplement emporté leur tente "canadienne", une de ces fameuses petites tentes à deux places, ancêtre de nos modèles actuels ouvrables en deux temps, trois mouvements. Pour un weekend de trois jours, la toile, un duvet feraient amplement l'affaire à condition d’y ajouter un réchaud à gaz pour préparer leur petit déjeuner. La seule idée du voyage faisait déjà le ravissement de Claudine et de son compagnon, d'autant qu'ils ne connaissaient absolument pas la région. En outre, ils ne prenaient jamais de vacances. Dans ce contexte ce déplacement prenait des allures de voyage de noces, simplement un peu décalé dans le temps.

Le domaine familial de leurs amis était situé à proximité d'un affluent de la Loire. En compagnie des guides qu’étaient les parents du couple ils visitèrent d’abord la verdoyante campagne, écrin du fleuve nonchalant, puis ils parcoururent les grands espaces viticoles alentours. Les Angevins avaient souhaité cette balade représentative au vu du court séjour de leurs deux visiteurs bretons. Avant de retourner chez leurs hôtes pour le repas de la soirée, nos jeunes se rendirent à une adresse précise communiquée par leurs amis vignerons : à cet endroit, les propriétaires étaient susceptibles de leur octroyer l’autorisation de planter la tente sur leur terrain, à quelques pas de la rivière. Ils trouvèrent facilement et obtinrent, sans difficulté, l'autorisation de s'installer à leur goût dans un champ attenant qu'ils avaient repéré. Le coin était vraiment ravissant : un grand pré rien que pour eux, plein de pommiers et autres arbres fruitiers, de délicieuses petites fleurs, des mûriers sur les talus avec, en contrebas, une délicieuse rivière. Quel plaisir de bivouaquer dans de telles conditions !

Vint alors le moment de camper la tente, préparer leurs effets pour le lendemain (café et vêtements de rechange), remonter la fermeture éclair de la toile afin de tout mettre à l’abri. Ils reprirent ensuite la route afin de rejoindre leurs amis anciens et récents.

La soirée commença par la traditionnelle visite des caves. Dehors, le soleil était toujours très haut dans le ciel. Quand ils entrèrent dans les sous-sols, Claudine ne vit carrément plus rien. Il lui fallut un bon moment pour s'adapter au changement de luminosité. Pas gêné apparemment, Maurice avait déjà commencé à déguster du rosé tandis qu'elle se sentait ivre rien qu'à respirer les effluves provenant des fûts d'alcool. Les conversations allaient bon train : fabrication des barils ou des fûts, le cerclage, la récolte du raisin, le pressage et tout le processus de vinification etc. le tout entrecoupé de dégustations ! Bref, la soirée fut chaude sur tous les plans et ils rentrèrent, tardivement, la nuit venue, au "radar" avouons-le, pour sombrer rapidement dans un profond sommeil dès qu’ils furent couchés !



Quelques heures plus tard...

- Mauri-i-i-ice !



Claudine hurlait ! Elle se tenait à demi-assise, les pieds légèrement passés sous la fermeture éclair de la tente, à l’extérieur : elle arborait un air terrifié !

- Y'a une bête qui essaye de me "bouffer" les pieds ! Fais donc quelque chose, voyons ! S’il-te-plaît, grouille, grouille !



Mais Maurice avait "la gueule de bois". Il lui fallut donc un certain temps avant d’émerger, réagir, se lever et aller vers les pieds de son épouse afin de voir ce qui se tramait. Lentement, avec circonspection, il commença à remonter la fermeture puis un grand rire fusa qui laissa Claudine perplexe :

- Idiote, va ! Ce n'est qu'une vache ! Elle devait trouver très agréable de te laver les pieds, surtout avec une langue comme ça ! T'es pourtant pas une fille de la ville pour hurler ainsi. Ah, je ne vais pas de sitôt oublier ta tête, non ; si tu t'étais vue, trop drôle !



Maintenant tous deux riaient. Les vaches du fermier paissaient couramment dans ce pré. Quelques-unes étaient venues alentour, curieuses de ces choses fortement inhabituelles et étranges, humaines qui se trouvaient dans leur décor. Ils les chassèrent en faisant du bruit puis décidèrent d'aller piquer une tête dans la rivière en guise de toilette matinale. Ensuite, convenablement vêtus ils reprirent le chemin du domaine viticole pour rejoindre leurs amis. La mésaventure du petit matin révélée, la jeune invitée fut la proie des moqueries de l’assemblée .

La journée se déroula plaisamment, ponctuée de nouvelles visites, d’autres rencontres et tous posèrent pour quelques photos–souvenirs.

Claudine était contente : elle avait pu mémoriser un "bon moment" passé en compagnie de son ex-mari.







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Les conditions d'existence de Claudine évoluent. Cette femme, parallèlement témoin d’événements divers et variés, de plus ou moindre importance en connaîtra beaucoup au cours des années à venir, fertiles en découvertes de tous ordres et, outre sa vie des plus intéressante, elle est à elle seule une magnifique carte postale.

Il y avait eu les maisons aux sols de terre battue qui devinrent plancher, n’ayant d’autre chauffage que la cheminée. La cuisinière fonctionnant au bois, puis au charbon fut remplacée par le réchaud à gaz. La lampe à pétrole céda la place à l'électricité. Les lessives faites à la rivière ou au lavoir, les genoux enfoncés dans la paille de la caisse à laver, passeront dans la lessiveuse en inox. Puis arrivera le règne de la machine à laver mais, à ses débuts, elle ne fera pas de suite la fonction essorage et ne pourra qu’agiter, à cuve ouverte, le linge sale. Dans un premier temps, pour y arriver les ménagères passeront le-dit linge entre deux rouleaux parallèles actionnés à la main par une manivelle. Quand la modernisation de cet ensemble va prendre tournure, les deux actions se feront de pair dans un assemblage compacte pour arriver à ce que nous connaissons entièrement automatisé et mu par l’électronique.

La radio, alors dénommée TSF, avec son poste à galène, ses lampes triodes, se dota de transistors. La télévision débarqua, révolutionnant les médias : d’abord équipée de tube cathodique, diffusant les émissions en noir et blanc, elle va connaître l’avènement de la couleur, en mille neuf cent cinquante et un, grâce au procédé CBS puis en mille neuf cent soixante deux le satellite Telstar va ouvrir la porte à d’autres avancées technologiques.

Elle n'a pas encore conscience de vivre à une époque extraordinaire : celle de toutes les avancées technologiques.

Autre exemple : Lorsque sa mère était employée comme « journalier » dans les fermes, elle avait assisté aux travaux de labour, de fanage, de moisson... elle avait vu, là encore, les objets, les machines se transformer tels que ceux nécessaires aux moissons, les plus spectaculaires : pour récolter le blé, jadis il ne fallait rien moins que trois engins et trente ans plus tard un seul fera le travail, complètement automatisé !

Adieu, le glanage, les liens de paille et la joie des enfants quand ils partaient, juchés sur les balles de paille en direction de la ferme ! Bye bye les grandes tablées prises en commun à la fin des travaux des champs, l’été enfui !

Devenue une ancienne toute ridée, elle aimera se souvenir de tous ces acteurs, chanteurs de la belle époque, tels les Belmondo, Gérard Philippe, Bourvil, Gabin, Michel Simon, Romy Schneider et autres. Elle fredonnera encore d'une voix mal assurée les refrains des musiques de Goldman, Ferré, Aznavour, Dalida, mais aussi de plus anciens comme, Léo Marjane, Fréhel, Rina Ketty, Mireille, Jean Sablon, Aristide Bruant et Vincent Scotto pour ne citer que ceux-là, la liste serait si longue ! De nos jours, ils ont laissé la place à Stromaë, Jennifer, Grand corps malade et autres.









*



 

 

 



 

 

 

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Toutes les images ajoutées en "décoration", sont mes créations PSP.

 

 

 

 

 

Posté par baboucat à 19:16 - Littérature - Commentaires [0] - Permalien [#]

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