29 septembre 2016

"Chronique du temps jadis"-3

duo

 

Extraits :

 

 

Au début des années soixante.





La mère de de Claudine, femme plantureuse au caractère bien trempé, assez jolie de sa personne, la trentaine assurée, s’était remariée avec un militaire de carrière à l’aube de ses onze ans. Son compagnon, de retour d'Indochine, n’avait pas occupé une belle place dans le parcours de l'adolescente, loin s’en faut. Après une vie tumultueuse, c’est le moins que l’on puisse dire, sa mère s'était un peu rangée aux côtés de ce baroudeur, cavaleur notoire. Sur ces bases, les jours s'écoulaient bon an mal an. Pour l’heure, il se trouvait encore en Afrique du Nord : c’était la guerre dans cette Algérie qui réclamait aux colons et au peuple français son indépendance. Il devait revenir au printemps après ses seize ans.





Martial.

  Les circonstances, les causes en demeuraient très présentes dans sa mémoire. Qui oublierait ces moments de vie-là ? La jeune fille s’était amourachée du premier garçon qui lui avait accordé un soupçon d'attention lors d'une banale rencontre.

L’année précédente, ses parents avaient acquis une ancienne maison, située en pleine campagne bretonne. C'est en ce lieu, dans ce cadre que tout avait commencé : l'adolescente, déjà salie par les dérives sexuelles de ses parents va saisir l'opportunité de s'évader. Là va germer, de façon fortuite, ce fruit qui donnera naissance à une jeune fille, une femme, « la mère indigne ». Elle va, hélas, choisir de quitter un mal pour un autre, basculant dans l'impensable. Imaginons un instant mon interlocutrice, adolescente, dans cette maison où va se déterminer l’enchaînement de son parcours.



   La résidence de notre famille (Claudine et les siens) se situait à l’extrémité d’un hameau composé de quatre habitations. Il se situait à plus de cinq kilomètres du village le plus proche, environ dix de la ville. Un simple chemin en desservait les maisons et la voirie du hameau se terminait en cul de sac, devant une ferme. L'habitation est ordinaire. L'aménagement intérieur en est classique, correct, à un détail près : les fils électriques ne sont plus sous baguettes mais pendouillent avec moultes rallonges, prises triplites et autres rafistolages du même acabit.Ils vont d'un appareil vers un autre sans que l'on en comprenne véritablement le motif. Partant de là, vous aurez une excellente représentation de la situation et de la nécessité d'intervention d'un professionnel.

  Afin de remédier à tous ces inconvénients, la mère de Claudine avait enfin eu recours aux services d’un électricien pour effectuer la mise aux normes de son installation. L'artisan du bourg voisin, contacté, leur avait adressé son meilleur ouvrier. Ce dernier était alors venu voir l’ampleur de la tâche. Il avait inspecté les différentes pièces sans émettre aucun commentaire, se contentant de prendre des notes. Il avait également inspecté l'étage puis, sa cliente sur les talons, il était redescendu. Cette dernière s'était alors enquis des délais de travaux, de leur coût et de leur durée. Il avait estimé qu’il faudrait plusieurs jours pour remettre en état l’installation. Réaction et prévisions normales si l’on sait que la maîtresse de maison était une spécialiste en bricolages divers et dangereux.

  Le chantier avait approximativement duré une semaine ; pendant cette période l’ouvrier avait été des plus sympathiques, discutant de tout et de rien avec sa mère autant qu’avec elle-même. Sa présence apportait un souffle de jeunesse, de gaîté à ces deux femmes isolées et esseulées.

Le samedi, en fin d’après-midi, l’ouvrier était revenu les voir. Il avait frappé à la porte d'entrée avec une fermeté toute masculine. Claudy lui avait ouvert et sur le moment avait eu quelques difficultés à le reconnaître tant il était changé, différent ; sa taille était apparue ceinturée à la manière des aficionados par le haut d'un élégant pantalon en tissu prince de Galle de ton beige ; sa chemise impeccablement blanche surmontée d'un gilet de ton identique ; ses cheveux enduits et lustrés de brillantine mettaient la touche finale à cette tenue très sixties. Ah, il était très beau, pour l’époque ! La maîtresse de maison l’avait d’ailleurs flatté, attestant de son élégance tandis qu’ils prenaient un verre de cidre selon la coutume locale. Cette femme, toujours fascinée par la gente masculine, ne perdait aucune occasion de papillonner autour. Profitant de son avantage, le jeune homme avait sollicité et obtenu l’autorisation de sortir la jeune fille, sous condition de la reconduire avant 1h du matin. Sans autre forme de procès, il l’avait invitée pour le soir même.

  Claudine n’en avait pas cru ses oreilles. Quelqu’un lui accordait un regard et plus encore, de l’attention. Elle n’avait jamais été confronté à ce type de situation, n'était ni préparée ni habituée à cela ; tout au long de sa jeune existence, sa mère n’avait cessé de lui répéter :

- Tu ne sais décidément rien faire ! Tu n'es bonne à rien. Tu me déranges ! Ce que tu peux m'agacer !

Quoi qu’elle ait pu faire ou dire, rien n’avait jamais été ni apprécié ni récompensé : ainsi elle avait perdu toute confiance en elle. De surcroît, elle n'était rarement sortie seule durant se courte adolescence : encore bien jeune ballottée au gré d'incessants déménagements, elle n'avaient guère eu de facilité pour nouer quelque amitié que ce soit. Et là, tout d’un coup, elle, la laissée pour compte, l’oubliée, la pas bonne à grand-chose, la tu n’arriveras jamais à rien de bon, avait pris de la consistance par le seul regard d’un étranger, un homme de surcroît ! Soudainement extraite de sa bulle protectrice, connectée au monde réel, elle ressentait un féroce appétit de vivre. Cependant, après tant d’années d’isolement volontaire, l'enfant était désarmée, affreusement vulnérable, d’autant qu’elle se représentait la vie avec un idéalisme illusoire comparable aux sujets de romans dévorés pendant ses soirées de lecture.
  Sitôt le départ du garçon , Claudine était montée dans sa chambre toute excitée. Elle entreprit de repérer une tenue correcte pour la circonstance ce qui n'était pas chose aisée : très longiligne, un peu maigrichonne, elle semblait toujours ne porter que les vêtements des autres, mal adaptés ou trop grands. Elle dénicha cependant une jupe et un pull passablement corrects : ils produiraient aisément leur effet ! Ses longs cheveux blonds recoiffés balayaient ses épaules de leurs boucles. L'attente avait commencé angoissante, ponctuée du rythme de ses allées et venues. N'allait-il pas changer d'avis ? Mais non, vers dix-neuf heures trente il arriva, la comblant d'aise. Les deux jeunes sortirent ensemble plusieurs week-ends de suite : le vendredi en soirée, ils se rendaient au cinéma et le samedi au bal. Maurice excellent valseur apprit rapidement à la jeune fille tous les rudiments de la danse de salon.
  Claudine vivait son roman d’amour sur un nuage rose. Comme ses héroïnes artificielles elle aimait, elle existait pour quelqu'un d'autre, un alter-ego, un complément. Un futur fait pour elle et avec elle prenait consistance.
Mais la vision du jeune homme, en la matière, était-elle l'unisson ? A ce stade de leurs relations, une seule idée prévalait sur toute autre considération : obtenir les faveurs de la jeune fille, se « la faire » et rien que cela ! Patiemment, il conditionna sa proie particulièrement malléable. De six ans plus âgé, il avait déjà acquis l'expérience des femmes au cours de ses tribulations entre « mecs ». Sans état d'âme, sans tact ni délicatesse, sans la plus petite once de respect pour sa jeunesse, il fit ce qui était nécessaire pour atteindre son objectif : peu lui importaient les conséquences, voire les dommages collatéraux (il ne l'aimait pas).
  Certes, il est, ou était, plus ou moins dans la nature d’un garçon de concrétiser une relation avec une fille par un acte sexuel. En l'occurrence, il avait face à lui à une mineure qu'il aurait pu concevoir de préserver. Ce n'avait pas été le cas.
L’amoureux de Claudine avait la chance de posséder et par conséquence, de conduire une traction Citroën 11D. Rares étaient les jeunes ayant la chance de posséder ce type de véhicule, surtout dans le monde ouvrier (et provincial) de l’époque. Conscient du fait, il frimait énormément au volant de sa voiture. Les individus se déplaçaient beaucoup plus fréquemment en vélo, vélo solex ou mobylette, moyens de locomotion qu'il était ordinairement aisé de croiser, à défaut d'obligation de marcher.
Un samedi soir pareil aux autres, au retour du bal, ils avaient déposé, en chemin, un couple d'amis fiancés complices de toutes leurs sorties. Au cours de la soirée, le « prétendant » de Claudine s’était montré tour à tour, tendre, fougueux, pressant, tenace, persuasif envers l'adolescente. Son seul dessein persistait à la séduire par n'importe quel subterfuge. Mais, toute à son rêve, elle subsistait sous le charme ne réalisant absolument pas ce qui se tramait juste sous ses yeux. Elle le pensait sincère, amoureux et trouvait la situation merveilleuse : elle ne se posait aucune question.

Un instant plus tard, dans l’aube naissante, il s’arrêtait sur le bas-côté de la petite route de campagne, à environ dix minutes de leur destination. Claudine lui demanda si la voiture avait un problème mécanique. D'un geste de tête il lui fit comprendre que non.

Il manifesta alors très clairement ses desseins. La situation desservait la jeune fille, isolée, enfermée dans l’habitacle de la voiture, à sa merci. De suite le garçon enserra sa taille d'une poigne ferme, cherchant immédiatement à l'embrasser. Son autre main s'empara de sa cuisse la caressant. La main insolente remontait vers sa tête et chercha à tourner son visage vers lui, mettant ainsi sa bouche à disposition. Claudine, malgré tout, se fit réticente. Cet homme, qu'elle pensait aimer n'avait aucun droit de se conduire ainsi. Elle se défendit d'abord de ses travaux d’approche de cet homme : son comportement lui semblait subitement trop libertin, incongru. Son ignorance du flirt, de ses règles la mettaient en état d'infériorité : inconsciemment une sourde crainte monta. Elle se remémora les attouchements de son beau-père, le dégoût inspiré. La scène, telle qu'elle la vivait sur l'instant, la déroutait, la perturbait dans ce qu'elle avait un arrière goût de « déjà vu » intolérable et inconcevable. Sentant se dérober sa proie, le garçon insista, puis, impatient, ajouta :

- Je ne pourrai pas t’épouser si je ne suis pas certain que ça va coller entre nous. Allez, voyons ! Laisse-toi faire. Tu sais que je t'aime. C’est très important, le sexe, dans un couple. Laisse-toi faire, je t’en prie. Laisse-moi t'embrasser, te toucher. C'est normal tout ça, t'as rien à craindre.



Puis, d’ajouter, en riant, pour donner selon lui, du réalisme à la situation :

- De toutes façons les femmes, elles sont comme les chaussures. Il faut les essayer afin de se rendre compte si on est bien dedans !

- Mais, mais... Avait-elle bredouillé, enfin plutôt bafouillé, sans conviction, constatant qu'il n'entendait même pas ses paroles, ne tenant pas plus compte de son désir de refus.



Elle avait subit, consenti cet acte non désiré, n'en avait ressenti aucun plaisir, juste la douleur d'une affreuse déchirure. Déçue, perplexe, mais plus encore honteuse, elle n’ouvrit plus la bouche jusqu’à leur arrivée. D'anciens souvenirs très déplaisants, douloureux, similaires, affluaient dans sa tête1. Il allait la déposer devant sa porte quand, oh surprise, ils remarquèrent que la mère de Claudine les attendait.

- Vous avez vu l’heure ? Où étiez-vous ? Je m’inquiétais, bon sang !



Maurice entreprit alors de se justifier prétextant une roue crevée qu’il avait dû changer, du temps que cela avait pris, de l’obscurité qui avait rendu l’opération difficile (il avait pour le prouver pris la précaution de se salir les mains avant de repartir). Le discours sembla plausible à la mère de Claudine ; enfin c’est l’impression qu’elle donna sur le moment.

Par la suite, les années passant, éclairée par de nouveaux événements, Claudine sera amenée à spéculer  sur son attitude: sa mère avait fermé les yeux sur ce qui s'était passé pour mieux profiter de son ascendant sur le jeune homme. Mais bon, c’est un autre sujet qu'il ne servait plus à rien d'évoquer. Étrangement, alors qu’elle avait été amenée à goûter, au fruit défendu au cours de ses fiançailles (selon l'expression de l'époque), rien ne lui était arrivé de fâcheux : elle ne s’était même pas retrouvée enceinte. A présent, elle se disait que si, dès cet instant, elle s’était découverte dans cette situation et si son fiancé l’avait abandonnée, elle serait certainement devenue mère célibataire : sans doute aurait-elle été plus heureuse ? En fait, rien ni personne ne change le cours du destin lorsqu’il est en marche. Ce disant, une moue désabusée marqua son visage. Dieu, ce qu’elle était niaise, alors ! Son comportement avait été stupide, idiot. Non seulement elle avait permis que ce garçon lui parle de la sorte, mais diantre, elle ne l’avait même pas giflé ! Pire, elle lui avait cédé parce qu’elle avait cru ses propos et ces intentions. Mais les avait-elle crus ou avait-elle fortement et simplement voulu les croire ? Le subconscient est tellement complexe...



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Il faut dire à sa décharge qu’elle n’avait jamais pratiqué le badinage et elle était bien jeune... Tout juste seize ans, et, à cette époque, les adolescents demeuraient innocents un petit peu plus tardivement que de nos jours... Mais le motif le plus grave était ce désir puissant de fuir son foyer qui n’avait rien d’un cocon familial, qui l'avait conduite à gober tout et n’importe quoi. Elle s'était alors révélé être une proie tellement facile. Même sa mère l’avait trahie pendant cette période, comme au cours de son adolescence.

Elle la trahira encore plus tard, se rendant complice d’actes odieux dont le seul but sera de ne pas perdre l'objet de tous ses désirs. Le sexe fait commettre tant de choses viles et dégradantes à ceux qui en sont esclaves, engendrant la pédophilie ou l'inceste. De nos jours notre adolescente aurait été en droit de solliciter une aide efficace soit auprès d'un éducateur, soit près d'une association quelconque dès lors qu'elle aurait été mêlée à de l'infâme ou mise en danger ne serait-ce que moralement. Dans son temps ces lois n'existaient pas ou si peu : les choses se faisaient, oui, mais personne n'en parlait, sujets tabous. D'ailleurs ces infrastructures étaient-elles seulement en place ? Elle avait dû composer avec ces choses-là, les avait enfouies dans sa tête. Tout au long de son enfance, le nez plongé dans sa littérature romantique, elle avait fui la réalité, entrevoyant la vie telle un conte : il était son refuge. Avec une mère tellement instable que jamais elle n'avait pu vivre une année scolaire complète dans le même établissement, elle n’avait trouvé que ce moyen de se soustraire au quotidien malpropre qui avait toujours été le sien : l’évasion par la lecture et le rêve. Princesse de Clèves un jour, Clélia amoureuse de Fabrice Del Dongo, un autre. Elle enjolivait son ordinaire, se fabriquait des aventures plus chimériques les unes que les autres, s'inventait des mondes dont les personnages étaient fidèles, tendres, empathiques, honnêtes. Claudy n’était pas de nature rebelle : pourquoi ou contre qui se serait-elle insurgée. Elle n’avait même jamais songé à s’affirmer : l'éducation reçue depuis sa prime enfance l'avait construite, façonnée, dans un moule de soumission. Fatalement, dès la première œillade perçue, elle s'était supposée amoureuse. Enfin, elle avait pensé l’être tout au moins, à un point tel qu’elle s'était crue capable de transformer un rustre en gentilhomme, un indifférent en épris, un égoïste en fiancé prévenant et attentionné : erreur fatale et cruelle.



Une discussion antérieure aurait dû l’alerter quant à l’issue de son avenir. Le jeune homme lui avait fait, quelque temps auparavant, un récit très sentimental qui, par ailleurs, lui avait mis la larme à l’œil : elle avait ressenti de la peine pour lui !

Depuis l'adolescence il flirtait avec une jeune fille ravissante. Tous deux habitait la même ville et se connaissaient depuis l'enfance. Elle, partit poursuivre ses études en pensionnat au chef-lieu de canton, mais ils se retrouvaient aux vacances, amoureux comme des fous ! A l'arrivée de ses dix-huit ans, lui était parti faire son service militaire en Afrique du Nord, promettant de ne pas l'oublier et elle avait fait de même : elle l'attendrait en lisant ses lettres. Les tourtereaux d'alors s’étaient quittés sur ces promesses éternelles.

Lors de la première permission de Maurice, huit mois plus tard, il avait eu quelques difficultés à la rejoindre : il y avait toujours un imprévu qui l'obligeait à reporter leur rencontre. Quand il avait enfin pu l'atteindre il avait eu la très désagréable surprise de la retrouver enceinte de quatre mois. Même si l’on n’était pas fort en math, un calcul vite fait permettait vite de comprendre que le futur bébé n'était pas de lui ; cette terrible révélation n'avait cependant pas entamé son adoration. Bien que bafoué, son amour était si fort qu'il avait envisagé de la marier envers et contre tous en acceptant le futur bébé comme le sien.

Sa famille, issue du terroir, s’y était farouchement opposée : « on ne plaisantait pas avec l’honneur familial ». Les amoureux contraints s’étaient donc séparés la mort dans l’âme, elle, pour épouser le père de l'enfant lui, pour finir son temps à l'armée. Puis pour terminer ses confidences, il avait avoué avoir conservé de cette histoire une blessure que le temps n’adoucissait que très lentement. Lorsqu’il lui avait dévoilé cette déception terrible, peu après le début de leur relation, le jeune homme n’aimait absolument pas Claudine puisqu'ils venaient de se rencontrer : pas de « coup de foudre » donc... Cet aveu aurait dû faire craindre pour l’avenir à l’adolescente, mais elle avait trouvé cet confession tellement exaltante. Imaginez : elle allait pouvoir prendre la place d’un grand amour enfui et lui, allait la chérir plus que cette jeune fille et ce, pour la vie. Comme dans ses romans ! Selon son cœur, son esprit, sa conception de l'existence à l’époque, elle pensait qu'il suffisait de donner des tonnes d’amour à quelqu’un pour qu’il partage ce même sentiment, que la réciprocité existe. Elle croyait au miracle des perceptions nobles mais surtout, personne ne lui avait suggéré une éventuelle erreur de jugement ni crié casse-cou. Comment aurait elle réagit si elle avait pu s'insinuer dans l'esprit du garçon ? Elle aurait constaté, compris, admis qu'il n'avait aucun sentiment pour elle et qu'elle aurait mieux fait de passer son chemin, voire le chasser. Par déception, lui se rabattait sur une fille docile, manœuvrable selon ses désirs.



La guerre sévit en A.F.N.2. Elle prend naissance dans le mouvement de décolonisation

qui affecta les empires occidentaux après la Seconde Guerre mondiale. Un conflit qui se déroula de 1954 à 1962, principalement sur le territoire de l'Algérie, avec également des répercussions en France métropolitaine. Elle est avant tout une guerre d'indépendance opposant des nationalistes algériens, principalement réunis sous la bannière du Front de Libération National (FLN), à l'État français. Elle est aussi une double guerre civile, entre les communautés des deux parties.

 

 

 

 

 

 



1- Voir « Parce due le Galet »

2- Sigle nominant à l'époque l'Algérie : Afrique française du Nord

 

 

 

 

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  Fête médiévale à Dinan

 

Retour vers ces taditions d'antant que j'évoque au cours de ce roman...J'espère apporter, avec ces pages, ma maigre contribution.

 

Tant de métiers aujourd'hui à jamais disparus mais que certains tentent de garder présents, par devoir de mémoire.

C'est pour actualiser, de manière "vivante" que j'insère cette vidéo trouvée sur le net.

 

 

 

 

 

 

 

 

*****

 

 

Hormis sa longue période de service en Algérie des années cinquante-huit-soixante (vingt-quatre mois), Maurice avait toujours vécu à la campagne. Sa ville d’origine ne ressemblait en rien à ce qu’elle est aujourd’hui ; c’était plus un très gros village, construit le long de la nationale douze, en Île et Vilaine, équipé des seuls commerces indispensables et seulement enrichi d’un petit cinéma, fierté de ses habitants : son père, un homme charmant, y assurait les projections chaque week-end tandis que son épouse tenait la caisse.

Cette guerre avait été sa grande aventure. Elle lui avait ouvert les portes du monde étriqué qui avait toujours été le sien. Il aimait raconter ses aventures dans le bled, la découverte et la chasse d’animaux inconnus en France, la luxuriance de la végétation dans les oasis etc. Il y avait également fait la connaissance d'une population dont le mode de vie lui était totalement étranger : les Touaregs, les Bédouins, leurs rites, leurs coutumes, leur religion. C'est dans ces circonstances guerrières qu'il s'était découvert une passion pour les armes à feu, passion qu'il conservera toute sa vie, au grand damne de sa compagne.

Mais revenons vers nos "jeunes". Maurice se comportait envers Claudine selon les préceptes enseignés ; beaucoup d’hommes avaient été ainsi éduqués au cours des générations précédentes parmi les petites gens : la femme se devait d’être aux fourneaux, au ménage, à la disposition de son seigneur et maître : elle aurait été mal venue de revendiquer une quelconque indépendance. Dans la campagne profonde de ces années-là, personne ne se posait de questions sur les principes établis de l’éducation patriarcale : au sein de la famille elle se faisait de cette manière, sans influence médiatique ; seule prévalait la connaissance et l’autorité des adultes, autrement dit des anciens, quel qu’en ait été le niveau.

Claudine, cependant, demeurait fermement convaincue qu'elle était à même de construire sa famille sur ces bases et se sentait apte à la rendre heureuse. Les événements prirent tournure assez rapidement.



La mère de Claudine et Maurice avaient parlementé à propos de leur avenir et ils étaient arrivés à cette conclusion : le jeune homme quitterait son emploi d’ouvrier pour s’installer en qualité d’artisan électricien dans le village voisin, sans doute la meilleure option envisageable pour eux. Personne n’avait estimé opportun de consulter Claudine pourtant principale intéressée : les choses s’étaient faites de la sorte parce que sa mère restait encore et toujours celle qui décide, dirige, n’admettant pas la moindre opposition. Claudine y était habituée. Il en avait toujours été ainsi, alors, pourquoi se serait-elle insurgée même s’agissant de son futur époux ? Elle prit l’habitude de les entendre discuter des heures durant, échafaudant projets, plans divers pour enchaîner ensuite sur l’organisation de leur futur mariage.

Là, ce fut la cerise sur le gâteau : bien que fille unique, ce n’est pas sa mère qui lui offrit sa robe de mariée comme il était de coutume. Son futur époux fit un emprunt à la banque (destiné principalement à financer son installation), lui acheta sa robe, paya les alliances, régla la moitié de la location de la salle des fêtes pour le bal du mariage (la salle était déjà louée pour un autre bal, public, qui aurait lieu en même temps) ; sa mère acheta un demi cochon à la ferme pour nourrir les dix-sept personnes qu’elle avait royalement invitées aux noces et Claudine n’eut rien d’autre à faire que de dire "oui ", vite fait, bien fait. Elle avait été si pressée de quitter son milieu familial avant que ne revienne son beau-père qu’elle s’était jeté tête baissée dans un mariage auquel, par ailleurs, sa mère avait souscrit sans restriction,  se débarrassant ainsi d’une rivale d’un type particulier et fortement délicat.

Claudine n'adhérait pas une trop grande promiscuité avec cet homme. Elle connaissait ses appétits, son goût prononcé pour le sexe et savait maintenant à quel point sa mère aimait les partager. Longtemps elle avait vu ou cru voir en lui le père qu'elle n'avait jamais eu : mais un authentique père ne se serait jamais aussi mal conduit envers elle.

En fait son beau-père était avant tout un pédophile avéré mais cela, elle ne le savait pas encore.



La loi en vigueur à cette époque et qui ne changera qu'en 1974, prévoyait la majorité à vingt et un ans, aussi avait-il été nécessaire de déposer une demande d’émancipation pour la jeune fille mineure afin de célébrer son union : ce geste démontrait l'empressement de la mère à se débarrasser de sa fille, aucun autre ne pouvait être plus explicite puisque jamais Claudine n’avait fait pression pour précipiter les événements.

Le mariage avait pu, de ce fait, être très vite concrétisé.

 

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