29 septembre 2016

Chronique du temps jadis : extraits N° 1

 

Bonjour,

 

 

 

Love sexy

 

 

En écoutant ce très beau morceau de musique...

Belle interprétation !

 

 

 

 

Novembre 2015...

 

 

Je suis en train de réécrire l'ensemble de ce manuscrit !

Sous peu, je vous mettrai de nouveaux extraits qui seront la version définitive de mon travail d'écriture

 

 

 

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Chronique d'un "temps jadis"

ou

"La mère indigne"

 

 

Nouvel extrait :

 

Reconnaissance

 


Paroles d'une âme inconsolable :

 

"Je dédie ces lignes à une petite fleur d’innocence qui s’est fermée par une belle journée de mai ; juste avant, elle avait pris son temps afin de nous faire comprendre combien la vie était belle et riche de promesses. Hyperdouée, elle nous a embrassés, aimés avec cette générosité spontanée qui était sienne, parce que rien ne lui était indifférent.
Son monde, inondé d’amour et de tendresse, s’est enfui à jamais. Il a laissé là, en perdition, des proches déchiquetés.
Mais en ce qui me concerne, elle m’a accompagnée, telle une canne blanche dans les ténèbres, fabuleux rai d’espoir lumineux afin que je ne me perde pas. Ange Gardien, c’est grâce à toi que je ne me suis pas laissé mourir.
Sourire et bonheur des tiens, tu as été ma source de vie, ma résurrection. Sois mille fois bénie et repose en paix petit ange d’amour.
Mémoire, je voudrais... Ô, comme je voudrais que tu fusses autre. Mais il ne me reste que cette mémoire-là qui me raconte le bonheur mais fait resurgir aussi et surtout le reste : le cauchemar, la souffrance, la peur, la culpabilité, la haine et plus que tout l’annihilation de ce qui ressemblait à notre vie, la vie d’avant le carrefour. Mémoire, Ô Mémoire, comme je voudrais."

 

 

 

  

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   Reconnaissance

 

 

Paroles d'une âme inconsolable :

 

"Je dédie ces lignes à une petite fleur d’innocence qui s’est fermée par une belle journée de mai ; juste avant, elle avait pris son temps afin de nous faire comprendre combien la vie était belle et riche de promesses. Enfant hyper douée en tout, elle nous a embrassés, aimés avec cette générosité spontanée qui était sienne, parce que rien ne lui était indifférent.

Son monde, inondé d’amour et de tendresse, est parti à jamais. Il a laissé là en perdition des proches déchiquetés.

Mais en ce qui me concerne, elle a accompagné mon trajet, telle canne blanche, dans les ténèbres, rai d’espoir lumineux afin que je ne me perde pas. Ange Gardien, c’est grâce à toi que je ne me suis pas laissé mourir.

Sourire et bonheur des tiens, tu as été ma source de vie, ma résurrection. Sois mille fois bénie et repose en paix petit ange d’amour.

Mémoire, je voudrais... Ô, comme je voudrais que tu fusses autre. Mais il ne me reste que cette mémoire-là qui me raconte le bonheur mais fait ressurgir aussi et surtout le reste : le cauchemar, la souffrance, la peur, la culpabilité, la haine et plus que tout l’annihilation de ce qui ressemblait à notre vie, la vie d’avant le carrefour. Mémoire, Ô Mémoire, comme je voudrais."




                                                                      

 

 

 

  Préambule









- Tu sais, "la mère" elle nous aura tout fait ! Elle a divorcé, elle est sortie avec des noirs et maintenant, savez-vous la dernière ? Elle est lesbienne !



La remarque du jeune homme a fusé, cinglante, sur un ton offusqué et réprobateur.

C'est comme cette manie qu'elle a de toujours réclamer qu'on s'occupe d'elle, non mais… Quand va-t-elle comprendre qu'elle n'a pas su nous aimer et qu'on n'a plus de sentiments pour elle.

Ben oui. Fatalement, comme elle ne nous a pas donné d'amour ni d'affection alors, nous, on ne risque pas de lui rendre ça !

Oui, il faut savoir donner si l'on veut recevoir…

 

Celui auquel il s'adressait et ceux qui l'accompagnaient ont hoché de la tête d'un air entendu.







*





Une proportion importante d'individus jugent étiquettent, cataloguent.

Ces bien-pensants, qui sont-ils donc pour émettre de telles opinions destinées à classer untel ou unetelle dans une catégorie plutôt que dans une autre ?

Au nom de quoi, de qui, peuvent-ils être certains de détenir la vérité ? Connaissent-ils seulement la personne dont ils font ou défont ainsi la réputation ? Ont-ils la moindre idée de ce qu'elle a pu endurer ? Se rendent-ils seulement compte à quels points leurs propos vont la faire souffrir ?

Que ne sont-ils pas simplement dotés d'un peu d'intelligence, d'un soupçon d'empathie ? Tout serait alors vraisemblablement différent.





*







 

C'est un après-midi d'été, un jour comme les autres. Une de mes voisines a commencé à papoter avec moi par-dessus la clôture du jardin tandis que je prenais le temps de désherber mes fleurs. Le soleil est déjà haut dans le ciel et j'ai chaud. Nous parlons de tout et de rien, des choses de la vie en vaquant à nos occupations printanières, nous arrêtant de temps à autre pour caler un commentaire ou, plus simplement, nous redresser et soulager nos corps devenus douloureux. Tout naturellement, au bout d'une demi-heure de discussion, je lui propose de venir prendre une boisson fraîche pour continuer notre conversation dans de plus agréables conditions, sur la terrasse ou à l'intérieur, mais à l'ombre et au frais.



Je réside en Bretagne, à petite distance de la côte et l'air y est moins pesant qu'à l'intérieur des terres mais il n'en reste pas moins que lorsque la chaleur veut se faire ressentir... Mon interlocutrice acquiesce à ma suggestion ; je vais donc, derechef, lui ouvrir le portail. À l'intérieur, tandis que nous nous installons au salon sous le plafonnier, muni d'un ventilateur que je mets en marche, nous reprenons notre papotage. Je ne sais plus comment ont évolués nos propos mais le fait est que, rapidement, cette charmante vieille dame a entrepris de se raconter, me livrant ainsi ses secrets.

Mon interlocutrice (plus de première jeunesse, vous l'aviez compris) vivait relativement à l'écart du monde. Je dis cela parce que je ne l'ai jamais vu recevoir de famille ou presque jamais depuis que je suis revenue dans ma province d'enfance, le temps venu de la retraite. Ses confidences, d'abord de caractère général, vont rapidement prendre une tournure plus personnelle, je dirais même intimiste. Je l'ai écoutée avec la plus grande attention, elle qui avait connu tant de choses familières même si je les avais différemment vécues puisqu’aussi j’étais d’au moins quinze ans sa cadette.

Je vais vous relater un hommage le plus fidèlement possible : son histoire, parfois anecdotique, mais aussi ponctuée de larmes, de souffrance, de drames, une destinée flirtant fréquemment avec la mort. Bien évidemment, je n'ai gardé aucun patronyme pouvant la placer devant quelque difficulté que ce soit.

Soucieuse de bonne confidentialité, j’ai eu à cœur de préserver et garantir son anonymat. Je lui devais cette marque de respect minimale mais essentielle. Je me suis contentée de planter certaines séquences de sa vie dans des régions que je connais bien. Les décors évoqués sont destinés à vous faire apprécier leur beauté ou leur charme sachant que sa pudeur, voire la douleur produite par l'évocation de certains de ses souvenirs l'obligeaient à passer outre la situation géographique de son récit : en l'occurrence, j’ai de ce fait planté les décors dans la région dinannaise ou autour de St Malo par exemple, sans autres précisions.

Il m’a semblé primordial de vous faire partager les sentiments heureux et malheureux exprimés que j'ai ressentis au long de cette écoute : un récit témoignage d'une vie vécue dans sa stricte authenticité, à savoir, le parcours de Claudine.







Chapitre I





Claudine





22 Décembre : Grégory Lemarchal remporte la première place de l’émission télévisée



Ce matin de Mai deux mille quatre, Claudine s’était levée comme à l'accoutumé en ce matin de Mai 2004 ; dans la perspective d'un agréable petit-déjeuner qu'elle souhaitait déguster agréablement, elle avait attrapé un bol, rangé dans le meuble blanc à fleurs bleues de la cuisine. Il était un de ces anciens modèle vintage, selon l'expression actuelle, posé contre le mur. Il était identique à ceux que l'on possédait dans les campagnes au cours des années mille neuf cent.

Sa constitution, dès la prime enfance, s'était révélée assez délicate. Cependant, élevée à la dure, comme on l'était à cette époque, elle n'avait pas eu de suivi médical particulier. Elle avait donc grandi à la « va-que j'te pousse ». Une longue enfance de restrictions, de privations, de manques essentiels avaient fait d'elle une nature sujette à bien des faiblesses de constitution. Selon un rituel bien établi, elle y avait mélangé une quantité de lait et de café en respectant les proportions auxquelles elle était habituée ; elle mettait toujours beaucoup plus de lait (elle en raffolait) parce que de tous temps, elle avait eu besoin de laitages pour ne pas trop se décalcifier. Ensuite, elle avait déposé son bol dans le four à micro-ondes, avait tourné le programmateur en refermant la porte : il ne lui restait plus qu'à attendre la petite sonnerie indiquant que son breuvage serait prêt. Il était environ sept heures. Le soleil éclairait déjà généreusement un ciel sans nuage, annonciateur d’une délicieuse journée : une fin de mois de mai comme une autre, somme toute. La sonnerie du micro-ondes résonna presque aussitôt, l’avertissant que la boisson était chaude ; elle s’empara du récipient, l’emporta dans le séjour et le déposa sur la table avec précautions : le bol était rempli à ras le bord ; ensuite, elle laissa tomber quelques sucrettes dans le liquide (elle s’était mise au régime et avait par conséquent éliminé tous les sucres de son alimentation). Elle prit la chaise qui se trouvait face au bol et s’assit, désireuse de profiter de l’instant présent. Elle affectionnait particulièrement ce rituel matinal : depuis sa mise en retraite, il pouvait se dérouler paisiblement, sans précipitation aucune, ce qui n’avait pas toujours été le cas dans le passé.

Par la baie vitrée largement ouverte, elle entendait le chant des oiseaux. Alentour de son immeuble, s’étendait un assez grand nombre d’espaces verts arborés et fleuris ; dans les arbres situés en contrebas, des volatiles étaient perchés en grand nombre : leurs roucoulades étaient un plaisir pour les oreilles. Elle avala, avec délectation, une grande lampée de son café au lait et reposa le bol sur la table. Son esprit s'évada… Elle avait passé une bonne nuit, était détendue, bien dans sa tête autant que dans son corps. La sexagénaire aimait à ralentir le cours de sa vie dès qu'elle le pouvait et tendait à profiter de ce que celle-ci pouvait encore lui apporter. Comment expliquer qu'à cet instant un mot très précis s'imposât à elle avec force ? Plus qu'un mot, une idée, des images concrètes engendrant des souvenirs :  « famille  ». Pourquoi ces pensées, en cet instant, précisément ? Allez donc savoir. Toujours est-il qu’un flot de réflexions l’envahit. Elle n’avait nul désir de s’appesantir sur quoi que ce soit de sérieux et repoussa cette idée. Elle abaissa son regard : le bol était là, devant elle, encore à la moitié ; elle but de nouveau une gorgée puis une autre, lentement, en appréciant les bienfaits. Elle le reposa, saisit une cigarette, l’alluma, en tira une longue bouffée, laissant après coup la fumée s’échapper en volutes bleuâtres. Elle avait pourtant décidé de ne plus fumer, espérait y parvenir mais sans succès.

En combinant ces petits gestes inutiles, machinaux, elle avait tenté de repousser les idées qui s’étaient présentées intempestivement quelques instants auparavant : peine perdue. Devenue nostalgique, elle se prit alors au jeu des comparaisons : dans le temps on n'avait pas de

micro-ondes, le lait s'achetait à la ferme la plus proche et personne ne connaissait le sucre de synthèse. Enfant, elle avait beaucoup côtoyé le monde rural lorsque sa mère s'y louait en tant qu'employée de saison. Elle avait eu l'opportunité et l'occasion de connaître, d'apprécier tous les produits provenant de la ferme. Plus tard, ses enfants avaient, à une époque précise, eu celle d'aller, à leur tour, chercher le lait nécessaire à leurs besoins chez les agriculteurs voisins. Cette seule évocation de vieux souvenirs la ramena à SA famille et à son concept. La représentation philosophique, l’interprétation même de ce mot s’imposa à elle de plus belle : elle ne pouvait décidément plus s’y soustraire.

Avec le recul des années, elle se disait qu’il fallait une sacrée audace ou de l’inconscience pour oser mettre au monde des enfants dans ce siècle-ci, enfin, si l’on espérait en faire des adultes sains ou pas trop moches. Encore qu’à son époque une certaine qualité de vie, malgré sa rudesse, avait rendu l’éducation plus simple. Mais prend on en compte toutes ces considérations lorsque l’on est amoureux, par exemple ? Bien évidemment non et fort heureusement d’ailleurs car, dans ce cas, personne n’aimerait plus, n’agirait plus et ne concevrait plus aucune progéniture. N'oublions pas en outre que nous sommes aussi des animaux, évolués certes, mais dont la fonction première est de perpétuer leur espèce. L’être humain possède cette faculté de penser et de réfléchir à la fois merveilleuse et terrible qui en fait une personne dotée de sentiments.

Là réside sa force mais aussi ses défaillances.

Que représentait donc ce symbole « famille » pour Claudine ? Primo. Qu’est-ce que c'était ? Un simple mot, une idée ou un besoin ? Dans son cas, un désir profondément ressenti sans aucun doute. Adolescente, elle avait cru, souhaité, que sa mère et elle puissent enfin connaître, apprécier la sécurité, le bonheur de constituer une véritable famille : elle avait ressenti cette émotion lors de la présentation de son dernier et nouveau « papa ». Bien évidemment elle ne soupçonnait pas alors qu'entrait dans sa vie un pédophile de talent ! Cet homme allait faire radicalement basculer son existence dans la honte quand elle en attendait tant de joie : son quotidien était rapidement devenu vice et horreur et perdurera des années.

Mais revenons à son idée première : enfanter, ne serait-ce qu’une fois, avec ou sans mari. Ce mot entendait créer une vie, acte représentatif ce qu’il y avait de plus merveilleux en soi. Seulement avait-elle, alors, bien réfléchi à tout ce que cela impliquait Tout un chacun peut engendrer de nouvelles existences sur terre, certes. Cela est d'une telle facilité. Mais que deviennent-elles ensuite sous et hors de notre influence ? Certains enfants, bénis des Dieux grandissent entre des parents sereins. D'autres sont bercés par le vice et la déchéance. Â de rares exceptions près, les uns et les autres sont aimés par leurs géniteurs selon des règles différentes et ils grandiront au gré de valeurs aléatoires qu'ils viennent d'un milieu ou d'un autre. Quelques-unes parmi ces progénitures rendront à leurs parents amour et reconnaissance au centuple quand d'autres s'en détourneront alors que rien ne le laissait prévoir, pourquoi ? Les adultes les ont, en général, autant aimé même s'ils les ont mal aimé mais souvent, ils ont obtenu un résultat à l'inverse de leurs espérances. Il y aurait peu à épiloguer si ces enfants, devenant adultes, ne se mettaient pas en tête des idées étranges, idéales ou excessives sur ce qu’est une maman : plus grave encore, ils extrapolent la plupart du temps sur ses droits et devoirs. Et là, croyez-moi, nous frisons l’absurde, le pathétique, le non-sens ou la folie. Pourtant, de génération en génération, les événements se reproduisent faisant commettre les mêmes erreurs aux uns et aux autres, chacun se croyant éclairé, habité d'une nouvelle vérité. Pour les faibles, les assistés, les « zonards », les parents autant que la société, mais plus encore leur mère est responsable, sont responsables de tous leurs maux : il faut bien qu'il y ait un ou une coupable ! L'inéluctable : elle les aura mal préparés, aurait dû mieux les épauler, les comprendre, elle aurait dû. Mais quoi donc ?

Alors tout ce petit monde devient plus exigeant, personnel, égoïste : il oublie définitivement que maman est aussi et avant tout un être humain, une femme, avec ses forces et ses faiblesses. Les mères, en principe, donnent le maximum à leur progéniture, font en leur âme et conscience compte tenu des circonstances ; pourtant, elles se retrouvent souvent abandonnées, vieillissantes, malades, sans qu’aucun de leurs enfants ne se manifeste. De toutes manières, de notoriété publique, ces femmes sont seules responsables de leur sort : l'attitude de leurs rejetons est normale, voire justifiée ! Il ne viendra jamais à l’esprit de ces enfants qu'ils puissent avoir un devoir d’assistance envers leurs parents, et plus encore, celui de les aimer ce qui est un minimum. Mettons ce sujet au cœur d'une conversation et nous pourrons entendre ce commentaire de certains :  «Après tout, nous n’avons jamais demandé à naître ! Alors… »

C’est un peu de tout cela une famille, mais il en est de meilleures heureusement, enfin Claudine l'espérait, parce qu’il en est de pires aussi. Mais à vingt ans, preniez-vous en compte ces paramètres bons ou mauvais ? Qui peut le dire ? Ajoutons à cela que pour un enfant, un adolescent, la perception des ressentis de la vie est totalement différente de celle d’un adulte : son regard, sa sensibilité sont autres. En vieillissant sa mémoire sélective ne retiendra que ce qui lui aura semblé primordial dans ce qui constituait son contexte et sa sensibilité du moment donné, de l'époque : c’est ainsi, heureusement dans certains cas et malheureusement dans d’autres.

Précisons que la pensée des enfants actuels a quelque peu évolué avec l'impact de la télévision et d'internet, mais autrefois, ils n'étaient éduqués que par la parole transmise : celle des adultes, parents, instituteurs, voisins, camarades et par la lecture. Sa vision, toute personnelle, pouvait se résumer ainsi : créer la vie est, ou tout au moins devrait être, une étape, pas une finalité. Cependant, obtenir que les êtres en question soient solides, unis et forment quelque chose de cohérent ayant une articulation positive, évolutive, dans la diversité, est un tout autre enjeu. Les enfants héritent de gènes multiples destinés à façonner des individus dotés de points communs, mais aussi de différences avec lesquelles il faudra apprendre à composer au plus juste, puisque aussi leur devenir nous est totalement inconnu.

Il était évident qu'à ce stade de ses réflexions, un mécanisme s'était enclenché. Était-ce pour éclaircir quelques points de détail, comprendre ou tout au moins analyser quelque chose émanant du passé ? Elle n’avait certes pas les réponses cependant, curieuse de nature, elle décida de se laisser aller ; elle avait le temps : on en a toujours à la retraite.

Elle revoyait l'enfant effacée, timide, de ses premières années, sans amis ni confidents d'aucune sorte avait choisi la solitude face aux incessants déménagements de sa famille, non pas que cet état soit le meilleur qu'elle ait souhaité mais l'isolement évitait les douleurs qu'apportent les séparations. Il en était de même avec ses nouveaux papas : à peine s'attachait-elle à l'un d'entre eux que sa mère annonçait leur prochain départ vers de nouveaux horizons. Ce contexte l'avait incitée à compenser ses manques, sans pour autant les identifier. Un cocon qui vous protège de tous les chocs, un nid où il fait bon vivre. Claudine avait fortement désiré cela : réaction somme toute compréhensible, humaine.





(à suivre...)

 

 

 

A coeur perdu

 

 

 

(Toute copie et reproduction interdite : texte protégé.)

 

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Son enfance avait eu essentiellement pour décor le monde rural traditionnel. Sa mère s'y louait en qualité d'employée saisonnière, plutôt désignés journaliers que l'on monnayait à la journée. L'opportunité de connaître, d'apprécier toutes les récoltes provenant des fermes, d'appréhender la mentalité des gens de la terre étaient la conséquence directe d'un mode de vie ancestral. Elle avait glané à la saison des blés, fabriqués les liens servant à attacher les bottes de pailles que les femmes plantaient debout par 4 ou 5 bottes.Les hommes conduisaient les machines, en l’occurrence, la faucheuse. Selon la saison le même travail d'équipe, tel un ballet préréglé, se reproduisait pour les foins, les pommes ou le ramassage des betteraves, avec toujours les hommes aux commandes, les femmes penchées sut les corvées de ramassage ou de triage et les enfants, en appoints aux petits travaux. Les conversations, les plaisanteries allaient bon train tout au long de ces lourdes journées de dur labeur. Les repas étaient pris en communs et il était fréquent, le soir venu, de voir ici et là des groupes d'enfants jouer dans la cour de ferme tandis que quelque idylle se nouait dans le foin ou la paille des greniers.

Des années plus tard, ses enfants auront l'opportunité d'aller, à leur tour, chercher les mêmes produits du terroir chez les agriculteurs voisins. Cette évocation et les comparaisons qu'elle faisait entre notre monde moderne et ces vielles souvenances la ramena à sa réflexion initiale, fatalement. Personne à cette époque n'aurait imaginé une telle révolution dans les mœurs.

L'enfant effacée de ses premières années, sans ami ni confident d'aucune sorte, timide, avait rapidement choisi la solitude face aux incessants déménagements de sa famille. Cet état lui évitait les douleurs inhérentes aux séparations. Elle faisait de même avec ses nouveaux papas :à peine s'attachait-elle à l'un d'entre eux que sa mère annonçait leur départ imminent vers de nouveaux horizons. Autant de comportements qui l'avait incitée à identifier ses manques : certes pas les meilleurs qu'elle ait souhaité, mais c'était sa façon de se protéger. Un foyer, un cocon protecteur contre tous les chocs, un nid où il fait bon vivre, tout cela, ce qu'elle avait pu en rêver ! Réaction somme toute compréhensible et tellement humaine.

Claudine, mariée, réussissait en apparence à concrétiser son rêve. Contrairement aux apparences, le résultat obtenu ne lui procurait aucune satisfaction : la plus infime de ses aspirations profondes et donc, par ricochet, de ses espérances ne s'était véritablement réalisé mais pire encore, rien d'épanouissant ne s'était cristallisé autour de ses desseins.

Elle conservait l’espoir que ses enfants soient en grandissant davantage conscients de tels risques. Comment envisageait-elle leur devenir idéal ? En étant aptes à utiliser les préceptes enseignés et les informations recueillies pour en tirer le meilleur parti, tant pour eux mêmes dans un premier temps, que pour leur descendance dans la foulée. Avec elle, ils bâtiraient, le moment venu, une autre et nouvelle famille : objectif primordial, essentiel comme la pérennité d'une belle et bonne lignée, leur descendance. Oui, à n’en point douter la règle était là, à condition d'être un ensemble compact, coalescent et des plus résistants.

Était-ce là, en ce point précis, qu’elle avait failli, qu'elle s'était fourvoyée ? N’avait-elle pas su faire passer le bon message ? Avait-elle eu de si graves lacunes dans sa façon de les élever ou insuffisamment dialogué ? À moins qu’ils n’aient pas compris, entendu ou voulu se saisir des éléments offerts ? Difficile à dire, surtout pour elle. Elle ne parvenait pas à prendre position, allant jusqu'à se dire qu'elle manquait d'objectivité ; elle avait beau tourner et retourner le problème dans tous les sens possibles et imaginables, aucune réponse miraculeuse ne venait éclairer sa réflexion, encore moins l’apaiser.

Elle en arriva donc, à voir sous un autre angle la manière dont tous vivaient alors et son propre concept : celui de SA famille. La représentation philosophique, l’interprétation même de ce mot s’imposa à elle de plus belle : décidément, elle ne pouvait plus s’y soustraire.





Que représentait ce symbole pour Claudine ? Primo. Qu’était-ce, selon sa pensée, une famille ? Un désir profondément ressenti, il y avait fort longtemps sans aucun doute. Qu’en avait-elle espéré ? Quel avait été son vœu le plus cher ? La réponse lui semblait évidente : elle était faite pour enfanter ne serait-ce qu’une fois, avec ou sans mari. Ce mot, enfanter, sous-entendait créer une vie, acte représentatif de ce qu’il y avait de plus merveilleux intrinsèquement. Mais alors, avait-elle bien réfléchi à tout ce que cela impliquait ? Parce qu’en fait, tout un chacun peut engendrer de nouvelles existences sur terre, rien n'est plus facile. Mais que deviennent-elles ensuite sous et hors de notre influence ?

Certains enfants, bénis des Dieux, (mais est-ce le terme adéquoit) grandissent entre des parents sereins. D'autres se retrouvent obligés de survivre sont sous le joug du vice ou de la déchéance. À de rares exceptions près, les uns et les autres sont, par principe, aimés de leurs géniteurs à cette différence près que selon les situations, les règles divergent. Ils grandiront, issus d'un milieu ou d'un autre, quoique l'on fasse ou veuille, au gré de valeurs aléatoires parce que nous ne maîtrisons pas nos destinées, encore moins celle de nos chérubins : nous ne pouvons que leur donner des éléments d'orientation, d'appréciation, de valeur, destinés à permettre leur construction toute personnelle, à condition qu'ils aient envie de les utiliser.

Quelques-unes de ces progénitures rendront amour et reconnaissance au centuple à leurs parents. D'autres s'en détourneront quand rien ne le laissait prévoir, pourquoi ? Auraient-ils été trop ou mal aimés, sont-ils incompris, martyrisés ? Ils ne se posent pas ce genre de question. Ils se sentent, se disent en crise et cherchent un bouc émissaire, un responsable de leur mal-être. Le parent est obligatoirement le coupable puisque étant le géniteur. Pauvre parent qui n'a eu de cesse que d'essayer de faire au mieux de ses espérances... mais voilà, souvent, il a obtenu un résultat totalement à l'antipode de ses espérances.

Il n'y aurait pas à épiloguer sur un tel sujet si les enfants en question, devenant adultes, ne se mettaient pas en tête des idées étranges, idéales ou excessives sur ce qu’est ou devrait être une mère, plus encore / leur mère ! Plus grave, ils extrapolent sur ses droits et devoirs supposés. Et là, croyez-moi, en nous immisçant dans leurs réflexions, nos découvertes frisent l’absurde, le pathétique, le non-sens ou la folie tant elles reposent, se fondent sur du tout et du n'importe quoi. Pourtant, de génération en génération, les événements se reproduisent, font commettre les mêmes errata aux uns comme aux autres, chacun se croyant éclairé, habité d'une vérité qu'il est en droit d'affirmer. Mais la vie n'est que cet éternel recommencement et nous n'avons pas souvent le courage de regarder par dessus notre épaule afin d'avoir une vision plus claire des événements passés, présents et à venir, permettant de tirer la leçon de nos erreurs.

Maman sera critiquable à souhait pour les écorchés vifs, les incompris, les déboussolés : tout ce qui est raté, pas ou peu assumé, sera obligatoirement de sa faute. L'inéluctable leitmotiv se fait entendre : elle les a mal préparés, aurait dû mieux les épauler, les comprendre, elle aurait dû... Mais quoi donc ?

Ce petit monde, imbu de lui même et de ses prérogatives, devient en grandissant de plus en plus exigeant, égoïste : il oublie définitivement que la mère est avant tout un être humain. Femme par essence, elle est dotée de déterminations mais aussi de fragilités, donne le maximum à sa progéniture en son âme et conscience compte tenu des circonstances. Comment expliquer que souvent (plus encore de nos jours), elles se retrouvent vieillissantes, malades abandonnées et abandonnées par les siens, ces êtres qui lui doivent la vie et auxquels elle a tout consacré ? Il est monnaie courante qu’aucun des enfants ne se manifeste ni ne se sente investi de quelque responsabilité que ce soit envers ces femmes, pas même un simple obligation d'assistance, d'accompagnement de fin de vie..

Il est, bien sur, de notoriété publique que ces femmes-là sont seules responsables de leur sort. Il suffit d’écouter leurs rejetons. Ils affirment la normalité de leur comportement, le justifie souvent par des propos, du genre : nos parents ont une obligation d'éducation, certes, mais surtout d’assistance à notre encontre, outre celui de nous aimer, ce qui est somme toute un minimum parce qu'en somme,"nous n’avons jamais demandé à naître, nous ! Alors…"

C’est schématique, je vous l'accorde mais c'est un peu de tout cela une famille. Il en existe également de meilleures, fort heureusement.

Enfin Claudine le souhaite parce qu'une vilaine petite voix lui souffle qu’il en est de pires aussi. Ajoutons à cela que pour un enfant, un adolescent, la perception des choses de la vie est totalement différente de celle d’un adulte : son regard, sa sensibilité sont différents. En prenant de l’âge sa mémoire sélective ne retiendra que ce qui lui aura semblé primordial dans ce qui constituait son contexte et sa réceptivité du moment : c’est l'éternelle mutation de la nature. Dont nous ne sommes qu'un élément. Ajoutons à l'ensemble que la pensée des gamins actuels a évolué sous l'effet énorme du monde médiatique avec l'impact de la télévision, d'internet et des réseaux sociaux. Autrefois, ils n'étaient éduqués que par la parole transmise : celle des adultes, parents, instituteurs, voisins, camarades et par la lecture. Il était alors un peu plus aisé d'orienter, de canaliser ces esprits en cours de formation. Maintenant, ils échappent à tout autorité, ils se confondent dans la masse des moutons pour la grande majorité.

Sa vision personnelle se résumait ainsi : créer la vie devrait être une étape, pas une finalité. Cependant, obtenir que le résultat en soit des créatures solides, unies était un tout autre enjeu. L'idéal ? La conception, la formation d'individus ayant dans leur existence une articulation positive, évolutive et diversifiée leur permettant de devenir des Êtres cohérents aptes à s'assumer pleinement..

Les bébés héritent naturellement de gènes multiples destinés à façonner des créatures dotés de points communs, mais aussi de différences. Leur devenir nous étant inconnu il nous faudra apprendre à composer au plus juste avec les éléments s'offrant à nous au fil des jours. En fait, les deux parties font l'apprentissage de la vie de pair, mais sous des approches différentes qu'il faut tendre à rendre complémentaires pour obtenir un meilleur gage de succès.

Claudy, à ce stade de ses réflexions, avait enclenché un mécanisme. Quel était-il, dans quel but ? Était-ce destiné à éclairer, faire émerger quelques points de détails. Devait-elle analyser des réminiscences du passé ? Elle n’avait pas véritablement de réponse. Elle décida de laisser couler ses pensées, le temps de comprendre. Le temps, elle avait le temps : on en a toujours à la retraite, parfois même un peu trop.





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Ensuite était survenue l'épreuve du divorce. Épreuve pour tous, surtout quand il se déroule mal, quand les partenaires se déchirent et qu'il faut trouver en soi toutes les ressources nécessaires permettant un possible achèvement satisfaisant de la situation. Elle avait dû plancher sur ce chapitre des plus sérieux, seule, face à des décisions cruciales : comment allait-elle s'y prendre avec autant d'enfants totalement dépendants d'elle ? Avait-elle fait le bon choix ? Elle n’avait jamais eu l’opportunité d’obtenir des avis, bons ou mauvais émanant de sa famille : celle-ci se désintéressait totalement de ses attentes. Elle n’avait pas davantage bénéficié de conseils issus, par exemple, de dialogues instaurés entre divers intervenants quand les parties échangent, se contredisent, s’expriment. Le sujet peut être cerné, disséqué et permet d'ouvrir des pistes éventuelles. C'est ainsi que la plupart du temps, la solution surgit. 

 

Mais elle avait du se contenter, vu sa connaissance lacunaire dans le domaine, faute de conseils ou avis éclairés, de faire au mieux ou au moins pire, en son âme et conscience. Quelle responsabilité pour une aussi jeune mère de famille !

Elle avait inlassablement formulé ses préceptes de respect, de tolérance, d'ouverture aux autres, d'altruisme et d’empathie, espérant farouchement qu’ils s'enracinent dans l’esprit de ses enfants. Cependant, seul pilier de cette éducation, elle ne soupçonna pas un instant que l’absence de controverse puisse être préjudiciable à son enseignement.

Ils l’avaient uniquement ressentie et jugée directive à l’extrême, voire autoritaire. Jeunes et insouciants, la lourdeur de la tâche maternelle ne les avait pas effleurés. De fait, pour eux, il ne s'agissait que d'observations émanant d’une mère imbue de ses prérogatives, hypothèses infondées et imposées. Après son divorce, alors que ses enfants devaient (tout comme elle) faire face à la sacro-sainte crise de l'adolescence, elle s'était retrouvée sans travail. Nouveau challenge et pas des moindres ! Elle avait choisi de changer de région, trouvé un emploi, transporté dans un cadre totalement étranger l'ensemble de la maisonnée, chamboulant, scolarité, amitiés, relations et habitudes diverses : avait-elle eu raison de faire ces choix ?

La vision de ses enfants n'évolua jamais : c’était une mère et rien que cela, qui se doit d'être infaillible, n'a aucunement celui de se tromper. Savoir, connaître, pouvoir gérer, régler en toutes circonstances semble une prérogative inéluctable de cet état. Claudine, au tréfonds d’elle-même, était certaine d'avoir inlassablement tenté d'être cette maman-là, mais n’en était pas moins demeurée une femme aux aspirations diverses et contrariées, souvent bafouées. En de nombreuses occasions elles furent carrément annihilées sans que qui que ce soit s'en offusque.

Nul n’est infaillible, nul ne possède la science infuse, elle pas plus que les autres : Claudine pleinement consciente de ses limites estimait avoir fait au mieux dans le cadre de chaque moment fatidique : pourquoi devrait-elle rendre des comptes maintenant, face à une progéniture devenue adulte et surtout partisane ?

Je voudrais pouvoir être là dans vingt ans quand leurs gosses s'érigeront en juges face à eux, songeait-elle parfois avec tristesse.

Leurs jeunes esprits ne concevaient pas qu’elle puisse se conduire à l'instar des autres femmes encore moins vivre une éventuelle sexualité, par exemple. Inimaginable ! De toute façon elle n’était pas une femme : elle était une mère, leur mère. Utopique d'échapper à ce raisonnement. Sa plus lourde erreur provenait sans doute de son excès de prudence, de précaution dans ses actes personnels mais aussi de sa confiance naïve. À l'évocation de cette parenthèse dans leur histoire commune, durant cette phase de leur âge ingrat, elle s'accorda le crédit d'avoir fait au mieux, se comportant avec franchise et sincérité. Il lui semblait naturel et sécurisant en quittant le domicile certains soirs ou week-end, de leur donner renseignements et précisions sur l'endroit où ils pourraient la trouver. Vivre quelques moments privés était essentiel pour maintenir son équilibre, néanmoins, elle avait le devoir (selon sa conviction) de leur procurer des éléments indispensables à leurs besoins, juste au cas où. De son côté elle téléphonait souvent, s'assurant que tout allait pour le mieux ce qui était le prix à payer ( cela lui paraissait une faible contrainte) pour sa tranquillité. Ces paramètres pris en compte, force était de constater, au final et à posteriori, qu'elle avait cependant commis là sa plus grossière erreur à savoir que toutes les vérités ne sont pas forcément bonnes à dire, surtout aux enfants et quand il s'agît des vôtres. Parfois, le silence est bien davantage profitable.



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- Commentaires de l'auteur :



Si nous nous replongeons dans le cheminement philosophique du siècle précédent, rares étaient les femmes qui osaient se targuer être à l'égal de l'homme. Tendre à s'affirmer, oser se prévaloir du titre d'individu, au sens absolu du terme relevait d'une intrépidité frisant la bravoure. Elles étaient, la plupart du temps soumises, effacées à vie, se contentant de parfaire l'éducation de leurs enfants, d'accomplir les tâches ménagères et de satisfaire un maître, chef de clan.

Claudine, notre "vieille dame", avait eu un tout autre parcours. En tentant de se soustraire aux vicissitudes de l'existence elle s'était placée hors norme, bousculant ainsi les principes ancrés depuis trop longtemps dans les usages inculqués par ses aînés. Au nom de quoi, de qui, bousculait-elle l'ordre établi.

Mais au fait, qui donc était-elle ? Adolescente perturbée elle s'était enfuie loin d'un foyer familial nuisible et destructeur. Enfant sans repère, en mal d'amour, immergée dans des lectures romanesques, elle s'imaginait une vie n'ayant que peu de liens tangibles avec la réalité. Aurait-elle seulement su comment s’y prendre pour compenser tous les manques accumulés ? La réponse n'avait jamais suscité quelque intérêt que ce soit pour qui que ce soit.

Avait-on pris un instant la peine de écouter son désarroi ? Certainement pas. Personne ne connaissait ses intimes pensées, encore moins ses désirs ou ses aspirations. Personne ne s'était jamais enquis de savoir si elle était heureuse ou non ni entendu vivre ses douleurs. Elle avait dû composer sa vie difficilement, pas à pas, gérant également celle de ses petits.

Au final ces obstacles lui avaient forgé un caractère particulier, un tantinet directif, dérangeant, alors qu'il ne s'agissait que d'une carapace de protection destinée à éloigner les risques potentiels, synonymes de problèmes et donc, par conséquent, de douleurs.







Babou

 

 



Revenue dans la réalité, elle chassa ces ondes négatives surgies du passé : la matinée était trop douce pour se laisser envahir de nostalgie. Dans le square, le chant des oiseaux perchés dans les arbres, sous ses fenêtres, l’incitait à d’autres rêves. Dehors, un vent léger faisait à présent frissonner les feuilles. Elle se leva nonchalamment, repoussant la chaise du pied et alla ranger son bol. Au retour, Claudine reprit une autre cigarette, l’alluma. Décidément, elle était incorrigible. Quand donc arriverait-elle à tenir cette promesse qu’elle se faisait si souvent, de cesser le tabac ? Il lui fallait s'y résoudre pourtant car les pouvoirs publics commençaient à faire la vie dure aux accros de la cigarette et en outre, elles devenaient de plus en plus chères.


Elle s’accouda à la rambarde du balcon entre les potées de fleurs suspendues qu'elle avait baptisé mini jardin, afin de ne pas oublier sa province verdoyante. De son appartement, situé au huitième étage, elle avait une vue directe sur le gros feuillu délimitant l’accès au parc. Un couple de volatiles avait élu domicile sur l’une de ses branches et commençait la construction d’un nid, faisant de nombreuses allées et venues.

Dans peu de temps, se dit-elle, ils auront des petits, eux aussi. Animal ou humain, le ballet perdurait, éternel recommencement du cycle de la vie. Mais nous, qui sommes des animaux évolués, possédons cette fameuse faculté de penser et de réfléchir ; par conséquent, nous sommes dotés de sentiments : c'est là que réside la grande différence, celle qui complique ou arrange tout.

 

 

                                                            30rryq9

 







 

 

 

 

Posté par baboucat à 17:48 - Littérature - Commentaires [0] - Permalien [#]
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